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Kadidia Koumaré : La reussite par la force du poignet et du caractere

Après le décès de son mari, elle s’est retrouvée démunie et seule avec sept enfants à sa charge. Il en fallait plus pour abattre cette battante qui tire bien

son épingle du jeu dans la culture et la commercialisation du riz, le maraîchage, l’embouche bovine et la pisciculture

L’histoire de Mme Samassekou Kadidia Koumaré mérite d’être contée. Cette habitante du village de Welentiguila communément appelé N° 7 dans la commune de Niono est aujourd’hui une femme épanouie et indépendante. Pourtant, elle a connu une épreuve qui aurait pu la mettre à terre : la perte brutale de son époux. « J’ai perdu mon mari alors que nous avions déjà sept enfants. J’ai été complètement abandonnée par la famille de mon défunt époux. J’ai dû batailler pendant plus de sept ans pour avoir la maison où j’habite présentement avec ma famille », confie notre interlocutrice, le regard mélancolique. Visiblement submergée par les tristes souvenirs de cette époque, Kadidia se ressaisit vite. Comme l’on dit : à quelque chose, malheur est bon. Ce grand désarroi a fini par être une opportunité pour Mme Samassekou Kadidia Koumaré.
Avant le décès de son mari, elle excellait dans le domaine du petit commerce et aidait à supporter les charges de la famille. « Quand j’ai perdu mon mari avec sept enfants sans aucune assistance, je me suis lancée dans le commerce du riz. C’était une façon pour moi de me familiariser avec ce secteur. Par ailleurs, j’ai entrepris de faire le maraîchage », se souvient-elle.
Le commerce du riz lui ayant apporté des gains substantiels, notre chef de famille s’est investi dans la production. Depuis 12 ans, Kadidia évolue ainsi dans le domaine de la production rizicole. Ainsi, en plus du champ familial, elle loue trois ha et demi chaque année pour la culture du riz. Cette année, elle a obtenu 6 tonnes à l’hectare. Elle vend sa production après avoir mis de côté la consommation annuelle de sa famille.
Dans son jardin maraîcher d’un hectare et demi, l’échalote côtoie l’oignon, la tomate, le gombo et le haricot. Kadidia indique récolter plus de 40 tonnes d’échalote/oignon par campagne. « Les retombées de cette activité sont énormes pour moi. J’y gagnerais davantage si on arrivait à résoudre quelques problèmes notamment la commercialisation tout en promouvant la transformation », souligne-t-elle.
Très entreprenante, notre interlocutrice s’essaie aussi à la transformation des produits maraîchers. « Je le fais de façon artisanale faute de moyens. Du coup, ma production est destinée à la famille », dit-elle. L’un des désirs ardents de notre brave dame qui a su par sa détermination, son courage et l’amour du travail bien fait, séduire sa communauté qui lui voue aujourd’hui du respect, c’est d’acquérir une unité de production. « Voyez-vous, presque tout le monde s’adonne au maraîchage, du coup, il y a abondance au moment des récoltes. Tout le monde sait que les produits maraîchers se conservent difficilement. C’est pourquoi les gens vendent à des prix peu rémunérateurs ».
Toujours dans l’esprit de diversifier ses activités, Mme Samassekou s’intéresse à la pisciculture. Son histoire avec ce domaine date d’un de ses voyages d’études au Burkina Faso. En effet, grâce à son courage et à sa combativité, Mme Kadidia a su organiser les femmes de sa communauté. Cette organisation a donc bénéficié du programme de la Plateforme multifonctionnelle. Sa gestion rigoureuse et responsable dudit programme lui a valu plusieurs voyages en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis d’Amérique entre 2011 à 2014. « J’ai fait la connaissance de la pratique de la pisciculture pour la première fois au Burkina Faso. A mon retour, je me suis donnée le temps et les moyens nécessaires pour avoir ma propre fosse. Depuis 5 ans, je fais l’élevage du poisson », explique Mme Samassekou qui aimerait bénéficier d’une formation pour améliorer sa production.
Cette touche-à-tout s’intéresse aussi à l’élevage des moutons et à l’embouche bovine. « Je me suis lancée dans ce domaine pour pouvoir faire le compostage. Cela me réussit bien aussi », dit-elle avec un large sourire.
Depuis quelques années, notre agricultrice s’adonne à la plantation d’arbres dans sa localité. Comme la majorité des femmes notamment rurales, elle fait face à la problématique de l’accès à la terre et aux équipements. Son cas ouvre le débat sur la question de l’accès des femmes rurales à la terre cultivable. Visiblement, la Loi d’orientation agricole n’est pas appliquée convenablement. Elle prévoit pourtant l’octroi de 10 à 15% des terres aménagées aux femmes et aux jeunes. « Jusque-là je n’ai pas de champ à mon nom. Je voudrais bien être une exploitante agricole. Je pense que je le mérite », se lamente-t-elle. Pourtant, Mme Samassekou Kadidia est un exemple de réussite dans sa communauté. Appelée « dame de fer », elle a plusieurs maisons à son actif et gère l’exploitation familiale d’une main de fer.

Mariam A. Traoré
Amap-Ségou

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