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L’agriculture urbaine en Afrique : entretien avec Paule Moustier (Cirad)

(Ecofin Hebdo) - Facilité d’écoulement de la production, circuits d’approvisionnement courts, disponibilité en produits frais, faible exigence en capital…

L’agriculture urbaine offre des opportunités intéressantes aux pays africains à l’heure où la question de l’alimentation des villes se pose avec acuité sur fond d’urbanisation galopante. Si déjà l’engouement pour ce type d’agriculture se ressent sur le continent africain, de nombreux défis restent néanmoins à relever pour lui permettre de jouer un plus grand rôle socio-économique. Dans une interview accordée à l’Agence Ecofin, Paule Moustier, spécialiste de l’agriculture urbaine et responsable de l’unité de recherche « Marchés, organisations, institutions et stratégies d'acteurs » (Moisa) au Cirad, décrypte les enjeux de l’agriculture urbaine en Afrique.

Agence Ecofin : L’agriculture urbaine recouvre différentes réalités selon les régions et fait parfois objet de débat dans les rangs des spécialistes. Comment définiriez-vous l’agriculture urbaine ou périurbaine ?

Paule Moustier : C’est une question importante parce qu’il y a pas mal de confusion autour de cette notion. Pour ma part, je définis l’agriculture urbaine comme l’agriculture qui est située dans la ville et à sa périphérie, où il y a une alternative entre usage urbain non agricole et usage agricole des ressources. Et c’est cette alternative qui peut créer des conflits liés à l’usage ou bien au contraire des complémentarités. Par exemple pour la matière organique, les maraîchers peuvent utiliser les ordures ménagères des ménages urbains pour fertiliser leur sol, d’où l’aspect complémentarité.

Paule Moustier : « Globalement en Afrique, l’agriculture urbaine est plus associée à une dimension nourricière. »

Certains utilisent le terme d’agriculture urbaine pour qualifier tous les types d’agriculture qui approvisionnent les villes, même si elles sont très éloignées de la ville. Toutefois, il y a un consensus pour mettre des limites là où la ville a vraiment une influence sur l’agriculture, pas seulement en matière de produits qui sont commercialisés vers la ville, mais aussi en termes de contraintes particulières avec, au premier rang, les contraintes du foncier.

« Il y a un consensus pour mettre des limites là où la ville a vraiment une influence sur l’agriculture, pas seulement en matière de produits qui sont commercialisés vers la ville, mais aussi en termes de contraintes particulières avec, au premier rang, les contraintes du foncier. »

Dans un contexte de rareté des ressources foncières, il y a beaucoup de concurrence entre l’agriculture, les constructions immobilières ou encore les routes dans les villes. Cependant, il n’y a pas que des contraintes. La ville apporte aussi des opportunités, notamment celles de marché, d’accès à des crédits ou à du matériel de production.

AE : Les initiatives publiques, privées et associatives concernant l’agriculture urbaine foisonnent un peu partout dans le monde. En quoi est-ce que l’agriculture urbaine à Dakar, par exemple, est différente de celle de Paris ?

Paule Moustier : Globalement en Afrique, l’agriculture urbaine est plus associée à une dimension nourricière. Le rôle alimentaire est beaucoup plus prépondérant avec des gens qui consomment des fruits et légumes ainsi que les produits issus de l’élevage provenant de l’agriculture qui se développe autour des villes. Contrairement à l’Afrique, ce rôle alimentaire a beaucoup régressé dans les pays européens, surtout avec les progrès dans le transport. Ce qui reste, c’est surtout la dimension sociale avec des projets d’insertion, des mairies par exemple, pour que les personnes qui n’ont pas beaucoup de revenus puissent avoir accès à un petit potager. Il y a aussi des projets pour maintenir l’agriculture dans les villes parce qu’elle a un rôle environnemental ou sur le paysage. On est plus dans une logique de reconnexion des citadins à la nature.

« Par exemple, au Sénégal, il y a des zones d’agriculture biologique avec des systèmes de livraison au consommateur dans la logique d’un circuit court. »

On voit, par exemple, des écoles qui aménagent un jardin pour que les élèves comprennent comment une carotte se cultive. Il y a aussi des dispositifs pour des formes d’agriculture en circuit court où il y a des maraîchers qui livrent des consommateurs. Cet aspect est bien sûr important sur le plan alimentaire pour les clients qui s’abonnent à ces schémas, mais c’est aussi pour être en relation plus régulière avec des agriculteurs pour savoir d’où viennent les légumes.

« En Europe, on est plus dans une logique de reconnexion des citadins à la nature. »

En Afrique, il y a aussi ce contrôle de la qualité avec une forme de rapprochement de l’agriculture et du citadin parce qu’il veut savoir d’où viennent les produits. Par exemple, au Sénégal, il y a des zones d’agriculture biologique avec des systèmes de livraison au consommateur dans la logique d’un circuit court.

AE : En Afrique, l’agriculture urbaine a été richement documentée avec des études optimistes. Que peut-on dire aujourd’hui de l’importance de cette forme d’agriculture sur le continent et de son apport dans l’approvisionnement des villes ?

Paule Moustier : C’est une question importante, parce que si on parle uniquement en termes quantitatifs, le rôle de l’agriculture urbaine est beaucoup plus faible que celui de l’agriculture rurale ou des importations. Dans le cas des légumes, par exemple, la contribution de l’agriculture urbaine est assez importante parce qu’il s’agit de produits périssables avec des articles comme l’amarante ou les épinards qui sont très consommés en Afrique, surtout dans la zone centrale. Donc, à plus de 80 %, ces produits viennent de zones proches de la ville, à moins de 50 km. Après si on a des produits un peu moins périssables, comme des tomates par exemple, dans la ville, l’agriculture urbaine peut représenter la moitié de l’approvisionnement et le reste viendra des zones rurales. Mais lorsqu’on dépasse cette catégorie de biens pour aller aux céréales ou à des produits qui se stockent, la contribution de la zone urbaine ou périurbaine est insignifiante parce qu’il n’est pas rentable de produire lorsque les surfaces sont très limitées.

Toutefois, même si quantitativement le rôle alimentaire de l’agriculture urbaine est moindre par rapport à celle des zones rurales, ce type d’agriculture peut jouer un grand rôle socio-économique dans certains quartiers de villes défavorisés ou marginalisés.

AE : De nombreuses études font état d’une réutilisation des déchets urbains, des eaux usées pour la production des fruits et légumes et parfois des abus de pesticides et des engrais dans l’agriculture urbaine. Quels sont les enjeux par rapport à la qualité des aliments ?

Paule Moustier : Je pense personnellement que l’agriculture urbaine présente beaucoup de risques en ce qui concerne la qualité. Mais souvent, on a aussi des solutions pour les gérer. Comme vous disiez, il y a le risque de pollution, de l’utilisation possible d’eaux polluées, voire usées. Mais c’est quand même une eau qui est très fertile et on comprend donc que les maraîchers veuillent l’utiliser. La recherche doit travailler sur ces questions-là.

Parfois, quand les légumes sont cultivés avec des eaux polluées, il n’y a pas beaucoup de résidus de métaux lourds lorsque des analyses sont effectuées parce qu’il y a des plantes qui filtrent beaucoup plus les métaux lourds que d’autres.

« Parfois, quand les légumes sont cultivés avec des eaux polluées, il n’y a pas beaucoup de résidus de métaux lourds lorsque des analyses sont effectuées parce qu’il y a des plantes qui filtrent beaucoup plus les métaux lourds que d’autres.»

Finalement, le lien entre la pollution de l’air, de l’eau et les résidus de métaux lourds qu’on trouve dans les produits n’est pas très documenté. Bien sûr, il y a un lien entre la pollution, les bactéries et les microbes, mais les consommateurs savent en général bien nettoyer les légumes. On peut aussi les former pour qu’ils puissent bien laver ces légumes, s’ils ne le faisaient pas très bien. De plus, il faut souligner que la cuisine en Afrique se base en majorité sur des aliments cuits et il y a peu de consommation crue. Ces éléments limitent le risque au niveau du consommateur.

Tout cela, c’est un peu le côté négatif de l’agriculture en ville par rapport à la qualité. Mais il y a aussi des côtés positifs parce que justement comme le consommateur peut rencontrer le producteur, relativement plus facilement, soit dans son exploitation agricole, soit sur le marché ou dans une boutique, il peut y avoir des liens de confiance qui se créent entre eux. Du coup, les producteurs peuvent faire plus attention à ce qu’ils mettent dans les produits parce qu’ils savent qu’ils sont en partie sous le regard du consommateur.

AE : Les zones rurales sont considérées comme des zones par excellence pour l’agriculture, contrairement aux zones urbaines. Est-ce qu’on peut espérer une synergie entre ces deux types d’agriculture?

Paule Moustier : Oui, je pense qu’il y a effectivement une bonne complémentarité entre zones rurales et zones urbaines. Parce que les zones urbaines ont plus de facilité à produire des produits frais périssables qui ne se conservent pas très bien, mais qui rapportent beaucoup par petites unités de surface. Les zones rurales sont plus à même de produire, sur de grandes surfaces, des produits vivriers qui se transportent mieux sur de longues distances. Les zones rurales peuvent être aussi intéressantes pour certaines productions, à part le vivrier.

Il peut aussi y avoir des zones de montagnes qui sont très favorables à certaines productions horticoles. Par exemple, en République du Congo, il y a le district Boko [dans le département du Pool, Ndlr] situé en altitude avec un climat plus frais, qui est favorable à la production horticole.

« Par exemple, en République du Congo, il y a le district Boko [dans le département du Pool, Ndlr] situé en altitude avec un climat plus frais, qui est favorable à la production horticole. »

En milieu périurbain, l’élevage concerne surtout les poulets, les œufs et éventuellement le lait. Mais comme ce sont des produits qui peuvent quand même se transporter, il peut y avoir aussi des élevages situés en zone rurale, si le transport est bon. Au final, tout dépend de la logistique du pays.

AE : Même si les gouvernements sont soucieux de nourrir les villes, les plans agricoles mettent le plus souvent l’accent sur la production rurale. Est-il temps de changer de paradigme ?

Paule Moustier : Je pense que vous avez raison, d’autant plus qu’il n’y a pas que le rôle alimentaire qu’il faut considérer. Il y a aussi le rôle social, parce qu’il y a beaucoup de populations défavorisées qui trouvent un revenu complémentaire quand elles ont un petit jardin. Il y a tout un tas d’avantages, mais on comprend aussi que les autorités politiques ne voient pas toujours d’un très bon œil l’agriculture urbaine parce qu’elle consomme des terrains, or il y a beaucoup de besoins de logements en Afrique.

« On comprend aussi que les autorités politiques ne voient pas toujours d’un très bon œil l’agriculture urbaine parce qu’elle consomme des terrains, or il y a beaucoup de besoins de logements en Afrique.»

Dans le même temps, on peut considérer qu’il y a des terrains qui ne sont pas très favorables pour les habitations, qui pourraient être cultivés. Et après, il y a parfois plein de préjugés qui sont attachés à l’agriculture en ville. On dit que cela peut par exemple attirer les moustiques et favoriser le paludisme, si c’est sur des terrains marécageux. Mais en fait, ce sont les marécages qui attirent les moustiques, ce n’est pas vraiment l’agriculture et peut-être même que s’il n’y avait pas d’agriculture du tout dans ces marécages ce serait encore pire. Il y a beaucoup d’idées préconçues comme ça contre l’agriculture en ville. Il y a aussi l’élevage urbain qui est souvent stigmatisé parce qu’on dit que les animaux sont porteurs de maladies.

Bien sûr, il y a des inconvénients de l’agriculture en ville, mais il y a aussi beaucoup d’avantages. Peut-être qu’avec le contexte actuel de coronavirus avec le confinement de beaucoup de villes, les citadins seront quand même contents d’avoir un petit terrain pour produire eux-mêmes ou de pouvoir compter sur des maraîchers pas trop loin qui seront prêts à leur livrer des légumes.

AE : Généralement, l’aménagement du territoire dans les villes ne prévoit pas particulièrement d’espaces dédiés à l’agriculture urbaine. Comment peut-on orienter l’agriculture urbaine pour qu’elle ne soit pas marginalisée dans les politiques de planification foncière ?

Paule Moustier : C’est tout à fait bienvenu de l’intégrer. Par exemple, les zones qui sont plus importantes dans l’approvisionnement des légumes, il faut essayer de les protéger. A Brazzaville par exemple, la municipalité avait mis en place un système de bail pour une durée très longue de plus de 20 ans. Il y avait une sécurité foncière pour les maraîchers. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que, même s’il y a des plans d’aménagement au niveau urbain qui protègent les zones agricoles, parfois il y a des dérogations et des constructions arrivent. C’est le cas au Maroc. On y assiste à une sorte de prolifération des constructions sur des espaces agricoles et cela peut être aussi le fait des agriculteurs eux-mêmes.

« C’est le cas au Maroc. On y assiste à une sorte de prolifération des constructions sur des espaces agricoles et cela peut être aussi le fait des agriculteurs eux-mêmes. »

Dans ce contexte, protéger des zones agricoles est toujours compliqué. Il faut avoir des municipalités qui sont vraiment convaincues et très honnêtes dans leur comportement, parce que la source de profit avec la spéculation foncière est énorme.

On a l’exemple de Cuba où les autorités politiques ont vraiment favorisé l’agriculture en ville et il y a des zones agricoles où il y a aussi plein de projets sociaux qui fonctionnent très bien. Donc, il peut y avoir effectivement une démarche très volontariste de protection de zones agricoles en ville, mais ce n’est pas un exercice facile.

AE : Déjà, dans le cas de l’agriculture dans les zones rurales, les droits fonciers sont problématiques avec parfois une difficile cohabitation entre les droits coutumiers et modernes. Est-ce qu’il faudrait créer un droit foncier spécial pour l’agriculture urbaine?

Paule Moustier : Je pense qu’un système de bail n’est pas mal parce que ça permet d’avoir une sécurité foncière, même si c’est pour un intervalle de temps donné. Mais on doit prévoir l’évolution dans le temps. Par exemple, si une zone de maraîchage est sous contrat pendant 10 ans, mais qu’elle est après entourée de constructions, cela devient un peu difficile pour les producteurs de se déplacer pour vendre leurs produits. Et dans ce contexte, ceux-ci peuvent eux-mêmes aller ailleurs pour cultiver. Pour cela, il faut un système relativement évolutif dans le foncier, d’où la nécessité d’un bail de long terme. On peut même penser à une sorte de contractualisation avec la municipalité comme ça se fait dans des villes des Pays-Bas où les maraîchers utilisent des espaces agricoles et s’engagent à respecter de bonnes pratiques agricoles, à ne pas utiliser des eaux usées ou polluées ou respecter des normes sur les produits chimiques.

En fin de compte, il y a des engagements réciproques. La ville s’engage à leur assurer une sécurité foncière, mais eux ils s’engagent aussi à protéger l’environnement. Les producteurs louent la terre parce que si cela leur appartenait, il y aurait forcément des tentations de revendre le terrain pour avoir des profits sur l’immobilier. Et en ville, il y a beaucoup d’opportunités d’emploi, donc les maraîchers sont susceptibles de changer d’activité s’ils trouvent d’autres sources de revenus plus avantageuses. Il faut donc un système relativement souple. J’ai cité le cas du Congo, mais au Kenya aussi il y a des choses intéressantes qui sont faites.

« Je pense à l’exemple de la ville du Cap, en Afrique du Sud, où l’association dénommée Abalimi est impliquée dans les micro-jardins communautaires et apprend aux habitants des bidonvilles à faire de petits potagers biologiques. »

Une autre option est d’encourager la production agricole autour des habitations. Dans ce cas, c’est du terrain qui appartient déjà aux gens. Je pense à l’exemple de la ville du Cap, en Afrique du Sud, où l’association dénommée Abalimi est impliquée dans les micro-jardins communautaires et apprend aux habitants des bidonvilles à faire de petits potagers biologiques. Et ça marche très bien. On n’a pas besoin forcément d’avoir beaucoup d’espace. Ça peut même être l’espace autour de chez soi.

AE : Souvent, dans les villes européennes, on voit que l’agriculture urbaine prend la forme de fermes verticales avec l’hydroponie. Constatez-vous un engouement pour cette technologie en Afrique ?

Paule Moustier : Oui cela se fait dans certaines villes. La culture hydroponique a pas mal d’avantages, vu qu'elle ne consomme pas beaucoup d’espace, et permet de répondre au problème de la qualité de l’eau. Elle permet aussi de contrôler la source de l’eau. Au Sénégal, les producteurs ont été assez actifs avec l’appui de la FAO pour cultiver sur des tables de culture en hydroponie. Je pense aussi à l’Amérique latine, où il y en a qui font des légumes dans des sacs poubelles remplis de terre dans les escaliers.

On peut imaginer des tas de choses qui ne prennent pas trop d’espace. L’important est que l’investissement au départ ne soit pas trop élevé et qu’on utilise des matériaux relativement recyclables.

« On peut imaginer des tas de choses qui ne prennent pas trop d’espace. L’important est que l’investissement au départ ne soit pas trop élevé et qu’on utilise des matériaux relativement recyclables. »

Si on utilise un système très compliqué de tuyau pour faire du goutte-à-goutte, ça peut devenir assez onéreux et, en plus, ce n’est pas très écologique. Je pense qu’il faut des systèmes d’agriculture intelligente, qui optimisent les ressources en eau et en terre et qui soient aussi à petite échelle afin d'être accessibles aux personnes qui n’ont pas beaucoup de moyens financiers. Si les schémas sont juste installés pour permettre à un fonctionnaire d’engranger des profits avec une ferme très sophistiquée, je pense que cela peut ne pas être intéressant sur le plan social.

AE : Selon les prévisions de l’ONU, l’effectif des résidents urbains en Afrique devrait atteindre près d’un milliard, d’ici 2040. A quoi pourrait ressembler l’agriculture urbaine africaine de demain ?

Paule Moustier : Je dois dire qu’il est un peu difficile de prévoir l’avenir de l’agriculture urbaine parce qu’il y a des forces contradictoires. On peut faire différents scénarios. Par exemple, avec l’augmentation du niveau de vie en Afrique, il est inéluctable que l’importance de l’agriculture urbaine diminue, avec le développement des routes et d’autres infrastructures.

Partout dans le monde, quand on regarde juste les forces du marché et la fonction d’alimentation, l’agriculture est vraiment vouée à disparaitre autour des villes.

« Si on utilise un système très compliqué de tuyau pour faire du goutte-à-goutte, ça peut devenir assez onéreux et, en plus, ce n’est pas très écologique. »

Si l’agriculture se maintient autour des villes, c’est parce qu’il y a une volonté politique forte et un appui important des municipalités qui reconnaissent non seulement son rôle dans l’approvisionnement en produits frais des centres urbains, mais voient également, au-delà de l’aspect alimentaire, son importance pour l’environnement et l’insertion socio-économique des populations défavorisées. Donc, si le niveau de vie augmente et que la démographie continue à croître en Afrique, il est tout fait probable que ces rôles vont diminuer, sauf s’il y a des volontés politiques fortes de la préserver. Après si le niveau de vie baisse, ce qu’on ne souhaite pas, l’agriculture urbaine peut continuer à jouer un rôle important. Par exemple, au Cameroun quand il y avait eu de grosses baisses de revenus avec les Programmes d’ajustement structurel (PAS), on a vu beaucoup de fonctionnaires qui étaient revenus à l’agriculture. Donc l’agriculture urbaine agit comme une sorte de tampon social, mais tout dépend de l’évolution du niveau de vie et du pouvoir d’achat.

« Au Cameroun quand il y avait eu de grosses baisses de revenus avec les Programmes d’ajustement structurel (PAS), on a vu beaucoup de fonctionnaires qui étaient revenus à l’agriculture. »

L’agriculture urbaine en Afrique dans le futur est difficile à prévoir et la tendance va être différente d’un pays à l’autre.

AE : D’après la FAO, les pays africains peuvent notamment capitaliser sur l’horticulture urbaine et périurbaine pour rendre les villes plus vertes. Quel est votre avis sur le sujet ?

Paule Moustier : Oui, les espaces agricoles peuvent être un élément de la ville verte. L’avantage de l’agriculture urbaine par rapport à d’autres éléments de la ville verte, comme les parcs, c’est qu’une partie du coût de la ville verte est prise en charge par l’activité économique parce qu’un terrain agricole rapporte quand même quelque chose. Alors qu’un parc c’est juste une charge pour les municipalités. Donc c’est un peu l’argument que je mets en avant pour défendre ce rôle vert de l’agriculture urbaine. Si on ne défend que le rôle alimentaire, on perd la partie parce que l’agriculture rurale a quand même beaucoup d’avantages. Et si on combine le rôle alimentaire et le rôle vert, là ça peut passer pour protéger l’agriculture urbaine.

Je pense qu’il faut tenir compte des aspirations des citoyens africains. Est-ce que les citadins en Afrique ont envie d’agriculture dans la ville? Je n’ai pas fait des enquêtes là-dessus. J’en ai fait au Vietnam et finalement, on s’est aperçu que pour beaucoup de gens, une ville moderne c’est une ville sans agriculture avec de beaux gratte-ciels. Pour les jeunes, par exemple, c’est quand même bien d’avoir des espaces verts pour se promener, mais, par rapport aux parcs, les zones agricoles peuvent poser des inconvénients. On peut croiser en sortant du parc quelqu’un qui traite ses légumes avec des produits chimiques. Une autre question ouverte et qu’il faut explorer est de savoir quel est finalement le rapport des citadins avec l’agriculture.

Il y a aussi des problèmes difficiles à résoudre lorsque l’agriculture urbaine vient en concurrence avec les ressources comme l’eau ou le foncier. Dans certaines situations, ce n’est pas forcément un bon usage de la terre que d’implanter des projets d’agriculture urbaine.

« Il y a aussi des problèmes difficiles à résoudre lorsque l’agriculture urbaine vient en concurrence avec les ressources comme l’eau ou le foncier. Dans certaines situations, ce n’est pas forcément un bon usage de la terre que d’implanter des projets d’agriculture urbaine.»

Vous savez, peut-être que c’est parce que les projets qui favorisent l’agriculture urbaine sont assez vendeurs, donc les organisations sortent des chiffres sur l’importance de l’agriculture urbaine sans qu’il y ait vraiment des enquêtes fiables sur ce que cela représente en matière de part dans l’alimentation, dans les revenus. De mon côté, je pense qu’il ne faut pas défendre l’agriculture urbaine à tout prix. Il faut lui laisser sa juste place. L’agriculture rurale sera toujours l’agriculture dominante dans l’alimentation. Et heureusement, car il faut bien que les populations rurales disposent aussi de sources de revenus !

Propos receuillis par Espoir Olodo

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