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Vers un redressement agricole au Mali

Les résultats de la campagne agricole 2017/2018 sont particulièrement encourageants au Mali. La production de coton a atteint 728 500 tonnes, soit davantage que l’objectif initial (725 000 tonnes) et une progression de 12,5%

par rapport à la campagne antérieure. En outre, le Mali est situé en tête de la production cotonnière en Afrique de l’ouest, une performance remarquable, qui témoigne du savoir-faire et du dynamisme de la filière.
A ces résultats, s’ajoute le bilan positif de la production céréalière avec 8,8 millions de tonnes, soit une hausse de 5% et un excédent de 3,8 millions de tonnes. L’élevage n’est pas en reste non plus : le nombre de bovins embouchés a augmenté de 5% et celui des ovins et caprins de 51%.
Motivé par ces acquis, le ministre malien de l’Agriculture et de la pêche, Nango Dembélé, a annoncé la semaine dernière, à l’occasion de ses vœux, vouloir poursuivre ses axes prioritaires en matières d’intrants, d’aménagements hydro-agricoles, de mécanisation agricole, d’appui à l’organisation et la promotion des filières, de formation, sans oublier la décentralisation et de déconcentration dans le sous-secteur de l’agriculture.    
Lors de cette rencontre, l’ONG Inter Réseaux Développement Rural dressait le bilan de la politique agricole malienne dans son Bulletin de synthèse souveraineté alimentaire, dont nous reprenons ci-dessous les grandes lignes.
Le Mali, l’un des pays du Sahel les plus soutenus par la communauté internationale, avec près d’un milliard d’aide publique au développement en 2011, a vécu son effondrement en 2012, mettant en doute l’efficacité de l’aide au développement et, surtout, soulignant l’impact « désastreux » de l’abandon des secteurs agricoles et de l’élevage, souligne Inter-Réseaux Développement Rural dans son Bulletin de synthèse souveraineté alimentaire paru jeudi. Ainsi, écrit Vital Pelon,  non seulement la crise de 2012 au Mali a fait chuter les apports des bailleurs de fonds, mais les dépenses gouvernementales ont été réorientées vers la défense ;  la crise politique a fait « plonger le budget agricole ».
« La sortie de crise a amorcé une relance et les déclarations des nouvelles autorités font état d’une ambition renouvelée en matière de développement agricole », note l’auteur dans des propos repris par le site d’information commodafrica.com. Aujourd’hui, les priorités politiques portent sur l’augmentation de la production céréalière notamment rizicole -avec l’accent mis sur l’irrigation et les intrants, mais aussi sur le coton  qui « reste malgré tout un secteur phare »;  le gouvernement veut, néanmoins, se désengager de sa gestion.
L’irrigation, premier poste des fonds publics agricoles
A noter, s’agissant de l’irrigation, que le Mali a « un des plus grands potentiels » parmi les pays du Sahel et que l’irrigation est la première destination des fonds publics agricoles avec l’appui des bailleurs. « En 2016, le Mali a encore bénéficié d’importantes ressources pour l’irrigation en provenance du Fonds Climat Vert, du Fonds d’adaptation et de la Banque africaine de développement ».
Quant aux intrants, les subventions ont triplé entre 2009 et 2012 et représentaient « dernièrement, un cinquième du budget agricole ».  « Initiées sur le riz en 2008, ces subventions ont été étendues au blé et au maïs, mais aussi au coton, mil, sorgho et niébé. Elles se heurtent néanmoins à des problèmes de ciblage récurrents (difficulté à atteindre les plus pauvres) et de transparence », selon Inter-Réseaux.
Une politique riz floutée par les villes
Sur la dernière décennie, note encore l’ONG spécialisée, un quart du budget gouvernemental est allé au riz, tandis que les dépenses dans le secteur coton ont doublé entre 2009 et 2010. Les filières maïs, blé, mil, sorgho ainsi que l’élevage reçoivent aussi des subventions et appuis, mais moindres.  
Le riz, donc, bénéficie d’un soutien tous azimuts, notamment suite à l’Initiative riz de 2008-2010 avec une croissance des surfaces et des rendements, ainsi que des « investissements importants dans l’irrigation à grande échelle dans l’Office du Niger, à l’amélioration de l’accès au crédit agricole et aux subventions des intrants dans ce même périmètre, à la diffusion de la pratique du repiquage des plants, à l’introduction de nouvelles variétés. Depuis 2008, le riz pluvial s’est également fortement développé (avec la variété NERICA) dans le Sud, autour de Sikasso et Koulikouro. »
Le pays parvient aujourd’hui à couvrir 93% de sa demande en riz mais a du mal à contrôler les importations. « Selon la FAO (MAFAP), la production rizicole pourrait augmenter encore plus vite si les politiques commerciales en faveur des consommateurs urbains ne venaient pas tirer les prix à la baisse », rapportent les auteurs.
L’indispensable coton, mais perturbateur
Et le coton ? La production est clairement en relance aujourd’hui, après les « crises sévères » de 2002 et 2008. Des performances cotonnières « liées à celles de la filière maïs, dans la mesure où ces deux cultures sont souvent cultivées alternativement en rotation », rappelle-t-on.  Ce qui est moins clair, apparemment, est la politique menée ou la réelle volonté politique. « Une tentative de libéralisation du secteur, qui reste encore fortement contrôlé par l’Etat, a été engagée au travers d’un programme de développement stratégique de la filière coton (20132018). Celui-ci comprend la facilitation du crédit, des subventions aux intrants et la garantie des prix à la production. L’appui budgétaire important à la filière coton contraste avec l’objectif affiché de diversification face à la dépendance alimentaire du pays aux cours des denrées sur les marchés internationaux. La privatisation de la Compagnie malienne du développement des textiles (CMDT), décidée en 2001 et initié en 2003 n’a pas encore abouti, et la situation apparait incertaine », écrit Inter-Réseaux.
Souvent au milieu du gué
Quant aux problèmes fonciers, une nouvelle loi a été adoptée en 2017 mais « des discussions demeurent sur les modalités d’application ». Et pour le financement bancaire à l’agriculture, les engagements de la Banque nationale de développement agricole (BNDA) se sont effondrés entre 2006 et 2008, sans que les auteurs du Bulletin, ne soulignent une reprise. Le taux de pénétration de la microfinance ne serait que de 15%, mais là encore il s’agit d’un chiffre de 2006, Inter-Réseaux soulignant que « Moins de 20% de l’ensemble des exploitants aurait accès au crédit. »
Quid du Fonds national d’appui à l’agriculture (FNAA), créé en 2010 ? « Il commence seulement à être opérationnel et dispose pour le moment d’un budget limité », soulignent les spécialistes.
Quant au dispositif de sécurité alimentaire, le Stock national de sécurité alimentaire (SNS), d’une capacité de stockage de 35 000 t de mil et sorgho, et dont l’activation requiert l’accord des bailleurs (système en cours de révision, est-il précisé), s’est avéré insuffisant pour faire face aux crises, notamment en 2004/05. Ceci a conduit les autorités à créer le Stock d’intervention de l’Etat (SIE). Composée de 25 000 t de riz, il est surtout destiné à maintenir un couvercle sur les prix. Son « code de gestion » est également en cours de révision.
Enfin, les Banques de céréales dans chaque commune, crée en 2004/05 et d’une capacité chacune de 20 à 40 t, s’avèrent peu viables -mais « un maillon essentiel »- car nécessitant d’importantes subventions alors que leur principe est de stocker  en période de récolte, quand l’offre est abondante, pour remettre sur le marché en période de soudure.
Source : VivAfrik

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